biya Ce livre est la collection d’articles publiés pour la plupart dans des journaux camerounais, entre 2003 et 2011. Ils ont été écrits comme des commentaires directs par rapport à des évènements spécifiques de la politique camerounaise, et ont circulé abondamment sur internet. Ils analysent donc des évènements politiques, du point de vue d’un citoyen et d’un écrivain qui oeuvre pour des changements fondamentaux dans le pays de sa naissance. Ainsi ils présentent la descente rapide de son pays dans les profondeurs de la violence, symbolisée particulièrement par les émeutes de février 2008, avec leurs centaines de morts et milliers d’arrestations, et ils sont également l’archive de l’implication effective d’un écrivain dans des cas bien précis: le procès de Mouafo Djontu en 2009, le débat autour du changement d’articles de la constitution en 2008, la campagne pour la libération du chanteur Joe la Conscience en 2008, et la campagne pour la libération de l’écrivain Bertrand Teyou en 2011. Ils présentent cependant aussi la naissance de l’espoir, particulièrement à l’ombre des révoltes de Tunisie et d’Egypte en février 2011, tout comme les espoirs qui au Cameroun sont liés aux élections présidentielles prochaines, de voir un changement de régime. La thèse principale du livre est que défaire la tyrannie n’est possible qu’à travers une culture de responsabilité, qui commence au niveau le plus élevé de l’Etat: avec le président de la république du Cameroun lui-même. Les stratégies que le livre utilise consistent d’abord à séparer le président de la république du Cameroun de tous les oripeaux qu’il utilise pour se protéger lui-même tout comme sa fonction contre toutes formes de critique et de procès. Le livre utilise des méthodes stylistiques et littéraires pour atteindre ses buts: l’adresse directe sous la forme de lettres, la satire, etc. Ensuite le livre s’attaque à l’oeuvre de Biya, insistant particulièrement sur les violations des droits du citoyen de cette dernière décennie, les violations particulières de la loi, tout comme de la constitution. L’argument essentiel du livre est sa volonté de créer un espace de dissidence, mais aussi celle de découvrir les poches d’opposition, tout comme les personnalités qui pourraient incarner celle-ci. Se basant sur des débats publics comme celui sur l’homosexualité, sur l’écriture Anglophone, les révoltes de la faim en 2008, il présente une défense de la démocratie qui est fondée sur le respect des droits humains. Les exemples de Joe la Conscience et de Bertrand Teyou deviennent ainsi des cas précis dans un argumentaire général pour une défense du changement. La publication de ces articles est un pas de plus dans la formulation d’une écriture politique différente en Afrique, car Contre Biya n’est pas seulement centré sur des cas dans lesquels l’écrivain lui-même était impliqué, il créé un espace de possibilité pour un tribunal citoyen, le Tribunal Article 53, qui réunit des personnalités du monde entier, dont certaines habitent au Cameroun, autour de la volonté de: changer un article de la constitution, l’article 53, qui donne une immunité sans limite à l’actuel président de la république du Cameroun et à ses successeurs; constituer un dossier d’accusation contre Paul Biya en préparation d’un procès effectif; organiser un tribunal citoyen durant lequel des témoignages de victimes de son régime seront écoutés et un jugement sur les années Biya sera formulé collectivement. Le livre Contre Biya est ainsi un pas de plus vers une littérature politique écrite par des écrivains africains, car il est surtout un appel à passer à l’acte. Il créé un espace pour une forme d’écriture beaucoup plus actionnable que simplement dénonciatrice. Le livre est une introduction aux témoignages des victimes du régime de Biya dont il prélude la collection.